BIOGRAPHIE

Jacques Roman est un timonier. Sa barque l’a mené de Dieulefit, dans la Drôme (F), où il est né en juillet 1948, jusqu’à Lausanne, où elle est au mouillage depuis 1970. Au mât des arts – comme acteur, metteur en scène ou écrivain (encore qu’il préfère qu’on dise écrivant) – il tient son poste de vigie avec une indéfectible passion. Il se veut voix. Et les paroles qu’il nous donne en partage, qu’elles soient les siennes ou celles des autres, sont autant de falots qui nous guident au cœur de la tempête.

C’est que, dans ce monde en dérive, l’heure n’autorise plus à se payer de mots, ni de jouer avec. Ainsi, chez Jacques Roman, les mots font-ils l’amour, et la guerre aussi, chaque fois que la Bêtise humaine lance ses assauts meurtriers. Voilà pourquoi son humanisme est un combat. Combat de l’art contre la culture marchande et l’inculture, de la mémoire contre l’oubli, et parfois de l’oubli contre la mémoire, quand la mémoire est ressassement de la part d’ombre de l’homme.

La rencontre avec l’autre nourrit donc l’essentiel de ses préoccupations. Du coup, établir sa biographie revient à suivre les traces de fructueux compagnonnages. Au théâtre ce seront ceux du Groupe Théâtre Animation, qu’il fonde à La Chaux-de-Fonds en 1973, ou de Narration & Cie, en résidence au théâtre de l’Arsenic de 1998 à 2000. A quoi il faut ajouter le chemin parcouru avec les metteurs en scène André Steiger, Martine Paschoud, François Marin et Matthias Langhoff, avec les directeurs Jean-Pierre Aebersold, Philippe Luscher et René Gonzalez, avec tous les élèves à qui il a dispensé son enseignement dans le cadre de la section d’art dramatique du Conservatoire de Lausanne. Dès 1984, il réalise plusieurs mises en scène, dont Le Dict de Cassandre de Jean Laude (1995), La Reconstitution de Bernard Noël (1997) et Pylade de Pasolini (2001).

Au cinéma, ses compagnons se nomment Alain Tanner (Le retour d’Afrique en 1973, et Fourbi en 1996), Francis Reusser (Le grand soir en 1976), Patrice Leconte (il joue dans Ridicule en 1996 et dans Une chance sur deux en 1998) et Dominique Maillet (pour Le Roi de Paris, aux côtés de Philippe Noiret). A la Radio romande – où il œuvre en tant que réalisateur –, ce sont Michel Corod, Christoph Bollmann et David Collin. En littérature, sa plume n’aurait pas tenu son cap sans Jacques Mercanton, Bernard Noël et cette veilleuse qu’est Doris Jakubec. En musique, de beaux accords de pensée sont nés avec les compositeurs et instrumentistes Jacques Demierre, Sylvie Courvoisier, Daniel Bourquin et Léon Francioli (lecture intégrale du Désert des Tartares en 2002).

Dès janvier 2011, avec la complicité de David Collin (homme de radio et écrivain) et Christophe Fovanna (journaliste et enseignant), la voix de Jacques Roman a trouvé navire pour caboter, en quête de rivages poétiques proches ou lointains, de contrées littéraires oubliées ou à découvrir… Le bâtiment, dont le mouillage est aux Escaliers du Marché 25, à Lausanne, se nomme l’Espace Eclair. On y navigue à vue d’homme, dans un cercle d’or du verbe propice à la rencontre et aux voyages de l’esprit.

Jacques Roman a reçu en 1978 le Grand Prix Paul Gilson de la Communauté des Programmes de Langue Française ; en 1998, des mains de madame le ministre français – et socialiste – de la culture, Catherine Trautmann, le grade de Chevalier de l’Ordre des arts et des lettres ; en 2000, le Prix Edouard Rod pour L’Ouvrage de l’insomnie, et en 2004 la Bourse culturelle Leenaards. Quatre jalons de sa vie qui signalent plus la rigueur de sa démarche d’artiste que sa propension aux honneurs, car Jacques Roman n’a pas de plan de carrière… Lui suffit d’être en acte et, en la matière, on peut continuer de compter sur lui.

Christophe Fovanna